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Victime d'agression : quelles démarches prioritaires à effectuer ?

13/01/2026
Victime d'agression : quelles démarches prioritaires à effectuer ?
Guide complet des démarches prioritaires après une agression. Protégez vos droits, préservez les preuves et obtenez réparation

Chaque année en France, plus de 360 000 personnes sont victimes d'agressions physiques nécessitant une prise en charge médicale et juridique. Face à la violence subie, l'urgence de la situation peut conduire à négliger des démarches essentielles qui détermineront pourtant vos chances d'obtenir justice et réparation. Les premières 72 heures suivant une agression constituent une période critique pour préserver les preuves et engager les procédures adéquates. Maître HASSOUMI KOUNTCHE Boubacar, avocat à Caen compétent dans l'accompagnement des victimes, vous guide à travers les étapes indispensables pour protéger efficacement vos droits.

  • Agissez dans les 72 heures : consultation médicale obligatoire dans les 48-72h pour établir un certificat médical initial (même sans blessures visibles), conservation des preuves ADN et prélèvements cutanés possibles jusqu'à 72h
  • Préservez toutes les preuves physiques : ne pas se laver en cas d'agression sexuelle (ADN conservé jusqu'à 7 jours dans le vagin), conserver les vêtements dans des sacs papier, photographier immédiatement les blessures avec une règle graduée
  • Déposez plainte et constituez-vous partie civile : récépissé obligatoire à exiger, possibilité de se constituer partie civile après 3 mois si la plainte simple est classée sans suite (déclenche l'action publique directement)
  • Saisissez la CIVI dans les 3 ans : indemnisation totale sans condition de ressources pour violences sur mineur ou conjugales avec ITT >1 mois, procédure amiable de 2 mois avec le FGTI pour une proposition d'indemnisation

Les réflexes immédiats après une agression : agir dans les 72 heures

Lorsqu'une agression vient de se produire, votre priorité absolue reste votre sécurité immédiate. Si vous êtes encore en danger, appelez immédiatement le 17 (police/gendarmerie) ou le 112 (numéro d'urgence européen). Ces services peuvent intervenir rapidement pour vous mettre en sécurité et interpeller l'agresseur s'il est encore présent.

La consultation médicale constitue une démarche obligatoire dans les 48 à 72 heures, même en l'absence de blessures visibles. Cette urgence médicale permet non seulement de soigner vos blessures mais aussi d'établir un certificat médical initial décrivant précisément votre état. En cas d'agression sexuelle, l'examen médical comprend obligatoirement un examen détaillé des organes génitaux, du périnée, de l'anus et de la bouche, réalisé avec précautions et explications. Le médecin ne peut jamais attester du caractère consensuel ou non de l'acte mais doit reprendre vos termes exacts entre guillemets. Ce document aura une valeur juridique déterminante pour la suite de votre procédure.

Si vous êtes toujours menacé par votre agresseur, sachez qu'une ordonnance de protection immédiate peut être obtenue en urgence. Le juge statue dans un délai maximal de 24 heures en cas de danger grave et immédiat. Cette mesure peut s'accompagner d'un bracelet anti-rapprochement (BAR) ou d'un téléphone grave danger (TGD) pour une durée de 6 mois réductible par le procureur. Le non-respect de ces dispositifs de protection expose l'agresseur à des sanctions aggravées de 3 ans de prison et 45 000€ d'amende.

Exemple concret : Madame D., victime de violences conjugales répétées à Caen, a obtenu en urgence une ordonnance de protection assortie d'un bracelet anti-rapprochement. Lorsque son ex-conjoint a tenté de s'approcher de son domicile 3 semaines plus tard, l'alerte déclenchée a permis l'intervention immédiate de la police. Il a été condamné à 18 mois de prison ferme et 20 000€ d'amende pour violation de l'ordonnance, démontrant l'efficacité concrète de ces dispositifs de protection renforcés.

Préserver absolument les preuves physiques de l'agression

La conservation des preuves représente un enjeu crucial pour l'aboutissement de votre plainte. En cas d'agression sexuelle, des précautions spécifiques s'imposent : ne vous lavez pas, ne vous nettoyez pas les ongles et évitez d'uriner avant l'examen médico-légal. L'ADN de l'agresseur peut persister 48 heures dans la bouche, 72 heures dans l'anus et jusqu'à 7 jours dans le vagin. Les prélèvements sur la peau et les marques de morsure doivent être effectués dans les 72 heures pour une exploitation optimale.

Pour tous types d'agressions, photographiez immédiatement vos blessures sous différents angles en incluant une règle graduée pour l'échelle. Conservez précieusement les vêtements endommagés dans des sacs en papier (jamais en plastique qui détériore les preuves ADN). Rassemblez également tous les éléments qui peuvent constituer des preuves : SMS menaçants, messages vocaux, témoignages écrits de personnes présentes.

Les tests toxicologiques peuvent révéler l'administration de substances à votre insu. Les prélèvements urinaires restent possibles jusqu'à 5 jours après les faits, tandis que les prélèvements sanguins doivent être effectués dans les 48 heures.

À noter : En cas d'agression sexuelle, des procédures médicales spécifiques sont obligatoires : test de grossesse et dépistage complet des MST (VIH 1 et 2, VDRL, TPHA, hépatite B et C, Chlamydia, Herpès). Une prophylaxie d'une éventuelle grossesse par contraception d'urgence est systématiquement proposée. Pour le risque de contamination par le VIH, une trithérapie préventive peut être initiée dans les 48 heures. Les vaccinations contre le tétanos et l'hépatite B sont également vérifiées et mises à jour si nécessaire.

Obtenir les certificats médicaux indispensables pour vos démarches

Le certificat médico-légal de constatation de violences constitue une pièce maîtresse de votre dossier. Le médecin examine minutieusement l'ensemble de votre corps à la recherche de plaies, contusions, érosions, brûlures, ecchymoses, hématomes ou fractures. Il reprend vos déclarations entre guillemets sans porter de jugement sur leur véracité. Le médecin conserve obligatoirement un double du certificat rédigé pour garantir la traçabilité du document.

Le certificat d'ITT (Incapacité Totale de Travail) revêt une importance juridique capitale car il détermine la qualification de l'infraction. Une ITT inférieure à 8 jours caractérise une contravention (tribunal de police, amende maximale de 1 500€), tandis qu'une ITT supérieure qualifie un délit (tribunal correctionnel, peine de prison jusqu'à 10 ans). Les crimes, quant à eux, relèvent de la cour d'assises. Cette distinction influence directement le tribunal compétent et les peines encourues par l'agresseur.

Les Unités Médico-Judiciaires (UMJ) offrent des examens spécialisés accessibles 24h/24, 365 jours par an. Ces services hospitaliers disposent du matériel et de l'expertise nécessaires pour réaliser les prélèvements médico-légaux dans les conditions optimales. N'hésitez pas à demander expressément à y être orienté.

Déposer plainte efficacement pour faire valoir vos droits

Contrairement aux idées reçues, vous pouvez déposer plainte dans n'importe quel commissariat ou gendarmerie de France, sans restriction géographique. Les forces de l'ordre ont l'obligation d'enregistrer votre plainte, même si l'agression s'est produite hors de leur secteur.

Si votre état de santé rend le déplacement difficile, vous pouvez adresser votre plainte par lettre recommandée avec accusé de réception au procureur de la République. Joignez impérativement tous les éléments de preuve rassemblés : certificats médicaux, photographies, témoignages écrits.

Exigez systématiquement un récépissé lors du dépôt de plainte ainsi qu'une copie du procès-verbal. Ces documents attestent officiellement de votre démarche et vous permettront de suivre l'évolution de votre dossier. Les délais de prescription varient selon la gravité des faits : 1 an pour les contraventions, 6 ans pour les délits, 20 à 30 ans pour les crimes. L'enquête préliminaire a une durée maximale de 2 ans à compter du premier procès-verbal, prolongeable exceptionnellement d'1 an (renouvelable une fois).

Se constituer partie civile pour obtenir réparation du préjudice subi

Si votre plainte simple est classée sans suite après 3 mois, la constitution de partie civile vous permet de déclencher l'action publique directement devant le juge d'instruction. Cette procédure présente l'avantage de vous donner accès au dossier et de réclamer des dommages-intérêts pour votre préjudice.

La constitution de partie civile peut s'effectuer dès le dépôt de plainte initial ou ultérieurement. Elle nécessite généralement le versement d'une consignation dont le montant varie selon vos ressources. L'assistance d'un avocat en droit pénal et défense des victimes devient alors fortement recommandée pour optimiser vos chances d'obtenir une indemnisation adéquate.

Conseil pratique : Conservez précieusement tous les justificatifs de vos frais engagés suite à l'agression : consultations médicales, médicaments, transport, arrêts de travail, frais de justice. Ces documents seront essentiels pour chiffrer précisément votre préjudice lors de la procédure d'indemnisation. Constituez un dossier chronologique avec toutes les pièces numérotées pour faciliter le travail de votre avocat et du tribunal.

Bénéficier d'un accompagnement juridique adapté à votre situation

L'aide juridictionnelle permet aux victimes aux revenus modestes de bénéficier d'une prise en charge totale ou partielle des frais d'avocat. Le plafond de ressources actualisé au 1er janvier 2023 s'établit à 18 404€ pour une personne seule, majoré de 2 209€ pour les deux premières personnes supplémentaires à charge. La demande peut s'effectuer avant ou pendant la procédure, directement en ligne ou par formulaire Cerfa.

France Victimes, joignable gratuitement au 116 006, offre un accompagnement complet 7 jours sur 7 de 9h à 19h. Ce réseau de 130 associations propose l'aide de juristes, psychologues et travailleurs sociaux pour vous orienter dans vos démarches. Des numéros spécialisés existent également : le 3919 pour les violences conjugales (24h/24) et le 119 pour les enfants en danger.

Les Bureaux d'Aide aux Victimes (BAV), présents dans chaque tribunal judiciaire, fournissent un accompagnement gratuit et confidentiel tout au long de la procédure. Ils vous informent sur vos droits, vous aident à constituer votre dossier et peuvent vous accompagner aux audiences.

  • Cellules d'Urgence Médico-Psychologique (CUMP) pour un soutien psychologique immédiat
  • Associations spécialisées selon le type d'agression subie
  • Services sociaux pour l'hébergement d'urgence si nécessaire
  • Accompagnement par un intervenant social en commissariat ou gendarmerie

Obtenir une indemnisation optimale pour réparer votre préjudice

La Commission d'Indemnisation des Victimes d'Infractions (CIVI) représente un recours essentiel, même si l'auteur n'est pas identifié ou s'avère insolvable. La saisine doit intervenir dans les 3 ans suivant l'agression, délai prolongeable d'un an après la décision pénale définitive. Une phase amiable obligatoire précède la procédure : le Fonds de Garantie des Victimes (FGTI) dispose de 2 mois pour proposer une offre d'indemnisation, et vous avez 2 mois pour y répondre.

Les violences sur mineur ou les violences conjugales avec ITT supérieure à 1 mois ouvrent droit à une indemnisation totale sans condition de ressources. Pour les dommages corporels légers, le plafond de ressources s'élève à 19 066€ pour une personne seule, majoré de 2 288€ pour la première personne à charge et 2 289€ pour la deuxième.

Le Service d'Aide au Recouvrement des Victimes d'Infractions (SARVI) du Fonds de Garantie intervient pour faciliter le recouvrement des dommages-intérêts. Il verse exactement 30% des sommes allouées avec un minimum de 1 000€ et un maximum de 3 000€ pour les créances supérieures à 1 000€.

Les barèmes d'indemnisation varient selon la gravité du préjudice. La souffrance endurée s'évalue sur une échelle de 1 à 7, avec des montants allant de 1 500€ pour le niveau 1/7 jusqu'à 35 000€ environ pour le niveau maximal 7/7. Le préjudice esthétique provisoire suit une échelle similaire : de 1 500 à 3 000€ pour un préjudice léger (1/7) jusqu'à 22 000 à 35 000€ pour un préjudice important (6/7). Le Déficit Fonctionnel Permanent (DFP) fait l'objet d'une évaluation précise selon votre âge et le pourcentage d'incapacité : pour un DFP de 15 à 20%, l'indemnisation varie de 2 100€ pour les 0-10 ans à 1 375€ pour les 51-60 ans.

Exemple d'indemnisation : Monsieur L., 35 ans, victime d'une agression violente à Caen ayant entrainé une ITT de 45 jours et un DFP de 18%, a obtenu devant la CIVI une indemnisation totale de 47 000€. Cette somme comprenait : 15 000€ pour les souffrances endurées (évaluées à 4/7), 8 000€ pour le préjudice esthétique temporaire, 14 000€ pour le DFP, 6 000€ pour la perte de revenus pendant l'arrêt de travail et 4 000€ pour les frais médicaux non remboursés. Le SARVI lui a versé immédiatement 3 000€ (plafond maximal) en attendant le recouvrement sur l'agresseur condamné.

Face à la complexité des démarches après une agression, l'accompagnement d'un professionnel du droit s'avère déterminant pour défendre efficacement vos intérêts. Maître HASSOUMI KOUNTCHE Boubacar met son expertise au service des victimes d'agressions à Caen et dans toute la région. Fort d'une connaissance approfondie du droit pénal et de l'aide aux victimes, le cabinet vous accompagne de la première consultation jusqu'à l'obtention de votre indemnisation. N'hésitez pas à prendre contact rapidement pour bénéficier d'un suivi personnalisé adapté à votre situation particulière et optimiser vos chances d'obtenir justice et réparation.